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TGV : le médiateur sacrifie la Charente

Article Charente libre

Selon des documents présentés aux élus aquitains, la mission de médiation sur la LGV n’apporte guère d’amélioration pour la desserte d’Angoulême. La réunion prévue aujourd’hui s’annonce tendue.

Les premières fuites émanant de la réunion qui s’est déroulée à Bordeaux jeudi dernier ont mis les élus charentais sur les dents.. PHOTO/Photo archives Phil Messelet « En l’état actuel, Angoulême est la grande perdante », lâche un technicien poitevin de la ligne à grande vitesse (LGV). « Si on nous présente ce qui a été présenté à Bordeaux, c’est clair que ça ne sera pas une bonne réunion pour Jean Auroux », lâche un membre de GrandAngoulême. Jean Auroux avait prévenu: sa proposition de médiation sur les dessertes TGV à l’horizon 2017 allait faire des mécontents. ça ne va pas louper.

Alors qu’il reçoit cet après-midi à la préfecture de région les élus de Poitou-Charentes, dont ceux de la région, de GrandAngoulême, d’Angoulême et du conseil départemental de la Charente, les premières fuites émanant de la réunion qui s’est déroulée à Bordeaux jeudi dernier ont mis les élus charentais sur les dents.

Seulement neuf allers-retours pour Paris-Montparnasse, plus cinq pour Massy TGV qui permet d’aller à Roissy, Lille ou Strasbourg. Contre 16 trains pour Montparnasse aujourd’hui.

Un trajet le plus rapide en deux heures, contre deux heures dix-neuf aujourd’hui et deux heures cinq avant les travaux de la LGV. Si on se fie au document dévoilé jeudi dernier aux élus bordelais, le compte n’y est pas pour des Charentais qui réclament le respect de la convention tripartite signée en 2009 entre Réseau ferré de France (RFF), l’État et les collectivités locales.

Convention qui promettait un nombre de TGV à destination de Paris équivalent à celui d’aujourd’hui, plus des directs en une heure quarante pour la capitale et des liaisons quotidiennes vers Lille et Bruxelles.

Même le matin, la trame LGV concoctée par le médiateur n’améliore guère la situation, avec une arrivée au plus tôt à Paris à 8h34, contre 8h27 aujourd’hui. Bref, pour près de 45 millions d’euros réclamés au conseil départemental, à GrandAngoulême et à GrandCognac, le gain paraît dérisoire. Les deux trains les plus rapides, sans être directs, seront sur les rails l’après-midi, avec des départs d’Angoulême à 13h51 et 15h51.

Le plan de la région balayé

Dans sa mission de médiation, Jean Auroux n’a retenu aucune des contre-propositions faites en avril par Jean-François Macaire, le président de la région Poitou-Charentes. Une contre-proposition à laquelle les élus charentais, de droite comme de gauche, étaient prêts à adhérer. Elle prévoyait 11 allers-retours Angoulême-Montparnasse, dont un direct à 7h13 le matin, plus 5 autres pour Massy. François Bonneau, le nouveau président du conseil départemental, déclarait même: « Je suis prêt à accepter ça et rien d’autre. »

La riposte se prépare déjà, même si l’entrevue prévue à Poitiers cet après-midi ne réunira que des gentlemen. Sur le front de la communication, tout le monde est prêt à dégainer. Les élus charentais, de gauche comme Jean-François Dauré, et de droite comme Xavier Bonnefont et Didier Jobit (qui représentera François Bonneau) s’exprimeront d’une seule voix dès la fin de la réunion.

Jean Auroux, lui, défendra sa proposition en compagnie de la directrice de SNCF Voyages et du directeur régional de la SNCF. C’est l’une des particularités de sa médiation: l’ancien ministre du Travail a été nommé par le gouvernement et la SNCF.

C’est d’ailleurs le service communication de la SNCF qui s’occupe de caler ses rendez-vous avec la presse alors même que, dans le dossier, la SNCF est en guerre ouverte avec Liséa, le constructeur et concessionnaire de la ligne. Ce qui ne manque pas, en coulisses, d’attiser la suspicion sur son impartialité. Il a en outre été assisté dans sa mission par un cabinet d’expertise ferroviaire qui a travaillé pour la SNCF.

Jean-François Dauré et François Bonneau, principaux financeurs charentais de la LGV, ne semblent d’ailleurs plus attendre grand-chose de la mission de médiation de l’ancien ministre du Travail. Depuis la semaine dernière, ils en appellent à l’état et au « respect de sa parole et des engagements qu’il signe ». Un respect que réclamait déjà Michel Boutant en février lorsqu’il présidait le Département.

Rousset réclame un comité de suivi

En Aquitaine, Alain Rousset aussi en appelle au respect des conventions et réclame la tenue de « comités de suivi présidés par l’État ». Ces comités étaient prévus dans les conventions de financement signées avec les collectivités locales appelées à mettre la main à la poche. Ils n’ont jamais été réunis.

Outre le nombre de trains pour lesquels « le compte n’y est pas », le président de la région Aquitaine pointe l’inconfort qui attend les passagers dans les bolides appelés à utiliser la LGV.

« Le modèle de la SNCF s’appuie sur des trains remplis à 100 % ou presque, et donc sans la moindre souplesse pour des modifications de dernière minute. Concrètement, ce modèle consiste à déverser, au mieux une fois par heure, 1 100 passagers sur le quai n°2 de la gare Saint-Jean dans deux rames duplex jumelées. Avec l’inconfort et les temps de piétinement que chacun peut imaginer… Cela ne répond ni aux ambitions du projet ni aux attentes des usagers. » Ni à celle des élus qui ont mis quelques millions dans l’affaire.

« On me le laisse sous-entendre mais personne ne me l’a encore dit en face. » Mais Bernard Charbonneau, le maire de Ruffec, n’est pas un perdreau de l’année et il s’attendait à ce que sa gare ne figure plus du tout sur les plans des futures dessertes TGV.

Cet après-midi, il ne sera pas déçu. Aucun arrêt n’est prévu dans la gare du Nord-Charente. Le plan, c’est plutôt que les usagers du Nord-Charente et du Sud-Vienne se rendent en TER vers Angoulême ou Poitiers pour ensuite y prendre le TGV.

Pas de quoi satisfaire l’élu ruffécois qui assure: « Un arrêt à Ruffec draine autant de monde qu’à Châtellerault. » Mais si Châtellerault apparaît bien dans le document présenté jeudi à Bordeaux, sa ligne reste vide: aucun train ne s’y arrête.

Bernard Charbonneau ne s’avoue pas vaincu. Car il a de la mémoire. En 2005, la dernière fois que la SNCF a voulu rayer sa gare du monde de la grande vitesse, il avait réussi à bloquer un TGV sur les voies et à faire plier la SNCF.

Va-t-il rempiler? Il n’exclut rien. Mais dit: « C’est là qu’on voit que j’ai vieilli. Désormais, je négocie avant de passer à l’action. Là, je négocie avec quelqu’un de très haut placé. En haut lieu, bien au-dessus d’Auroux. On verra ensuite. »

Les communes traversées par la LGV réclament un dédommagement à l’État

Ça y est, c’est décidé. À la rentrée de septembre, les communes traversées par la ligne à grande vitesse (LGV) vont attaquer l’État à qui elles vont demander une rétribution annuelle et régulière. Pourquoi? «Parce qu’en faisant passer la LGV par nos communes, l’État nous a transmis des charges nouvelles mais a oublié de nous indemniser. Parce qu’en plus nous allons perdre des revenus fonciers. Il doit y avoir réparation», clame Gérard Saumon.

Le maire de Champagne-Vigny est aussi le président de la coordination de ces communes situées sur le tracé de la ligne LGV Tours-Bordeaux.

La coordination, qui regroupe aussi des élus de Bretagne concernés eux par la future LGV Bretagne – Pays de Loire, a réuni ses membres lundi à Niort. Ils ont voté à l’unanimité le principe d’attaquer l’État pour demander réparation.

Mais avant, «un cahier des charges va circuler dans les communes». «Il recensera avec précision les longueurs de talus, de remblais, de nouvelles routes désormais à la charge des communes. Il chiffrera les pertes financières pour le bâti et le non-bâti ainsi que la baisse des valeurs locatives induites et donc la perte de revenus pour nous.» Une fois ces cahiers renseignés, «nous les transmettrons aux préfectures de région, puis nous attaquerons l’État», affirme Gérard Saumon.

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