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D. Busserau s’exprime sur le futur TGV Angoulême-Royan. Charente Libre 24/11/12

La Charente-Maritime est prête à s’allier avec la Charente pour électrifier la ligne Angoulême-Royan Les deux conseils généraux se réunissent lundi à Cognac. Explications avec Dominique Bussereau. « On y a tous notre intérêt. Cela renforce la solidarité de nos deux départements. Très clairement.

Dominique Bussereau a saisi la proposition charentaise. L'électricité arrivera en Saintonge par la Charente. Photo Phil Messelet

Dominique Bussereau a saisi la proposition charentaise. L’électricité arrivera en Saintonge par la Charente. Photo Phil Messelet

À marquer d’une pierre blanche quand les deux départements avaient plutôt l’habitude de se tirer la bourre, sur l’autoroute, sur la LGV, sur les nationales… L’ex-Charente inférieure contre la Charente de l’intérieur. Génétique, on croyait. Lundi matin à 10h30 à Cognac, Dominique Bussereau, président UMP du conseil général de Charente-Maritime, et son homologue charentais de l’intérieur, le socialiste Michel Boutant, se retrouveront avec les 84 conseillers généraux des deux assemblées départementales pour envisager en commun le projet d’électrification de la ligne SNCF Angoulême-Cognac-Saintes-Royan.

Le projet a été désigné prioritaire par l’ancien ministre des Transports et élu de Royan qui s’impatiente de voir le TGV desservir la Côte de Beauté. Les atermoiements, les hésitations des élus des Deux-Sèvres ont sans doute contribué au revirement. L’option privilégiée était jusque-là l’électrification de l’autre branche de «l’étoile ferroviaire de Saintes» par Niort et Saint-Jean-d’Angély.

L’union des deux départements sur un tel projet, c’est une première?

Dominique Bussereau. C’est même historique. Nous n’avons pas trouvé trace de précédent dans l’histoire des deux départements. Michel boutant en a eu l’idée le premier. Nous en avons parlé au congrès des présidents de conseil général de Metz. L’idée, c’est de profiter de la mise en service de Tours-Bordeaux pour faire comme cela avait été le cas avec Paris-Tours: électrifier les autres axes. Les départements avaient participé à l’électrification de Poitiers-La Rochelle. En Charente-Maritime, je me bats depuis quinze ans. Royan est la seule grande station touristique sur l’Atlantique qui n’est pas desservie par le TGV, sans même parler de grande vitesse.

L’enjeu, c’est pour Royan?

C’est énorme d’un point de vue touristique. Paris à trois heures, l’image du TGV, des correspondances à Angoulême et Poitiers. Pour le Club Med de La Palmyre, cela peut générer de nouveaux projets. Et pour la Saintonge, Angoulême est la ville carrefour vers le sud, Bordeaux, Toulouse et l’Espagne. On y a tous notre intérêt. Cela renforce la solidarité de nos deux départements. Très clairement.

Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis?

On a fait faire une étude. Les temps de parcours sont les mêmes. On en a parlé avec Michel Boutant. Sur Angoulême-Royan, on pourrait obtenir une participation de RFF [Réseau ferré de France, NDLR], c’est-à-dire de l’État, qui devrait être restreinte vu l’état des finances de l’Union européenne, de la Région et des quatre grosses intercommunalités d’Angoulême, Cognac, Saintes et Royan.

À quelles conditions la Charente-Maritime s’engage-t-elle?

Il faudra la participation de toutes les collectivités. Le TGV aux Sables-d’Olonne, que j’ai inauguré en tant de ministre, a été financé par le Département. Sans financement local, il ne se passera rien. Nous souhaitons que la Région participe aussi. Michel Boutant a déjà engagé des discussions. Une réunion du comité de suivi s’est tenue en octobre à Poitiers avec Jacky Emon, ancien cheminot [vice-président du conseil régional chargé des TER, NDLR], qui est un grand connaisseur du dossier. C’est un projet à 138 ou 140 millions d’euros. Je rappelle que Tours-Bordeaux, c’est 8 milliards. On est sur de la voie unique et les travaux de signalisation ont déjà été réalisés. Il y a encore quelques mises à niveau, mais les travaux préparatoires ont été effectués.

Les élus autour de Saint-Jean-d’Angély en appellent à Ségolène Royal depuis que la priorité a changé. Cela pourrait-il remettre en cause le projet?

Si la Région le décide et que les Deux-Sèvres participent, on peut faire concomitamment les deux. Cela peut intéresser Niort et aussi le Val-de-Saintonge. Ou lancer la seconde phase à la suite, sans interruption. On va demander à la Région de réorganiser ses dessertes TER vers Saint-Jean avec des correspondances avec les TGV à Niort et Saintes. C’est faisable. Une fois qu’on aura électrifié la gare de Saintes, créé une sous-station, une partie des installations sera mutualisée.

Cette première historique pourrait-elle avoir un prolongement?

Cela existe déjà avec l’aménagement du fleuve Charente qui prend en compte les «papi» [plans de prévention des inondations, NDLR]. Si cela peut créer des habitudes de travail, pourquoi pas en monter d’autres, comme par exemple cordonner nos aéroports. On l’a fait avec les Deux-Sèvres en fusionnant nos laboratoires d’analyses.

Jusqu’à imaginer une seule Charente fusionnée?

Je crois que l’échelon départemental est toujours pertinent. Je crois plutôt à un rapprochement Poitou-Charentes Aquitaine. La vraie métropole, c’est Bordeaux. À Poitiers, on pourrait garder le siège de grandes directions d’administration. Ce qui va s’accentuer, c’est le rôle de la métropole bordelaise. On a déjà en commun RFF, France Télécom, les hôpitaux. Même les Rochelais vont plus facilement à Bordeaux qu’à Nantes.

Ne risquerait-on pas le déséquilibre entre les pôles que sont La Rochelle et Bordeaux et le reste du territoire?

Quand je dis La Rochelle, je pense aussi Angoulême ou Poitiers. L’objectif n’est pas d’appauvrir nos chefs-lieux et nos villes. L’effet TGV peut renforcer notre attractivité. Autour de la LGV, il faut des projets, un effort d’aménagement. Le TGV fait bouger les cartes géographiques. Nîmes est plus près de Paris que Clermont-Ferrand. Il y a l’exemple du Mans qui a organisé un secteur d’activité autour de sa gare. Angoulême bâtit un projet autour de la sienne.

L’argument massue du fret

L’argument massue, pour électrifier le tronçon Niort-Saintes et accessoirement le prolonger opportunément jusqu’à Royan, c’était le fret. Une idée qu’avait soutenue le ministre Bussereau. Faire passer l’autoroute ferroviaire – des camions sur des wagons – entre le nord de la France et la frontière espagnole, c’était organiser le délestage de l’actuelle voie Paris-Bordeaux. Passer le fret par Niort et Saint-Jean-d’Angély, c’était éviter les sept tunnels qui ne sont pas aux normes entre Poitiers et Bordeaux. «C’est un projet dont on n’entendait plus parler, remarque Dominique Bussereau. J’ai vu avec plaisir que le nouveau ministre chargé des Transports, Frédéric Cuvillier, parlait de le relancer. Et cela ne peut se faire que par Niort. Cela pourrait être utile pour une participation plus importante de l’État.»

Stratégie et effet d’aubaine

L’idée de base, pour dynamiser la Saintonge et surtout amener le TGV jusqu’en gare de Royan, terre dont le conseiller général n’est autre que Dominique Bussereau, c’était de passer au plus court – 39 kilomètres de moins que par la Charente -, d’électrifier la ligne Niort – Saint-Jean-d’Angély – Saintes – Royan. L’opportunité, c’était la création de la ligne de ferroutage du nord de l’Europe au sud de la France chère au ministre des Transports Dominique Bussereau. Redevenu «simple» président du conseil général de Charente-Maritime, mais resté meilleur ennemi politique de Ségolène Royal, c’était plus difficile d’envisager la manne financière pour l’électrification «de droite» envisagée par un conseil général UMP. Surtout quand les Deux-Sèvres ne semblaient pas pressées de mettre la main au porte-monnaie.

L’idée de Michel Boutant, le président socialiste du conseil général de la Charente, c’était d’amener le courant au moins jusqu’à Cognac pour améliorer les liaisons TER et éventuellement profiter de l’aubaine pour que le TGV fasse aussi son entrée en gare. L’intérêt d’une alliance avec la Charente, prête à mettre au pot et plus près de la Région et donc de ses subventions, s’est vite concrétisé.

Une manière d’opérer qui pourrait permettre à l’ouest des Charentes de voir les trains faire des étincelles dès 2017 et la mise en service de la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique.

Charente Libre le 24/11/2012

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(1 commentaire)

  1. Jacques

    Les luttes politiques sont toujours au centre des décisions. Il serait anormal en effet que Royan ne soit pas desservie par un service TGV, au même titre que Les Sables d’Olonne et La Baule.
    Pourtant l’itinéraire par Cognac (qui pèse lourd dans l’économie) n’est pas le plus court. Celui par Niort et Saint-Jean d’A serait le meilleur d’autant que son électrification aiderait le développement du corridor fret par Niort. Les usagers ont déjà l’habitude de changer à Niort pour prendre le TER de Royan. Il ne faut pas trop changer les habitudes.

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